Le système de l’aide au développement est potentiellement en mesure d’aider les pays à atteindre les OMD mais, pou cela, il doit être beaucoup mieux ciblé. On recense ici les 10 principaux problèmes qui se posent actuellement (tableau 4) à cet égard.
L’aide n’est pas fondée sur les OMD
Le système ne comporte pas d’approche cohérente, reposant sur les OMD, de la réduction de la pauvreté. Par exemple, les institutions de Bretton Woods devraient faire beaucoup plus pour aider les pays à formuler et appliquer des stratégies de réduction de la pauvreté reposant sur les OMD. La conception du programme mené par le FMI ne prête pratiquement pas d’attention systématique aux OMD dans l’examen du budget ou de la politique économique d’un pays donné. Dans la très grande majorité des programmes de pays soutenus par le FMI depuis l’adoption des OMD, la question de leur compatibilité avec la réalisation de ces objectifs n’est pratiquement pas examinée.Selon nos observations dans les pays pilotes, le Projet Objectifs du Millénaire mis en place par les Nations Unies a constaté que les institutions multilatérales et bilatérales n’avaient pas encouragé les pays à considérer sérieusement les OMD comme des objectifs opérationnels. Un grand nombre de pays à faible revenu ont déjà élaboré des plans d’augmentation d’échelle de leurs stratégies sectorielles, mais, pour des raisons budgétaires, n’ont pas pu les appliquer. Dans d’autres cas, il est même conseillé aux pays de ne pas envisager
de tels plans d’augmentation d’échelle. Heureusement, les institutions de Bretton Woods commencent maintenant à s’intéresser à l’idée de fonder les programmes de pays qu’elles soutiennent sur les OMD, et il est important qu’elles poursuivent dans cette voie.
Les partenaires de développement n’examinent pas de façon systématique les besoins au niveau du pays
Comme le partenariat pour le développement n’est pas animé par un ensemble cohérent d’objectifs opérationnels, il n’y a pas de critères clairs pour évaluer les types ou les montants d’aide au développement dont chaque pays a besoin. Il n’y a pas de cadre analytique établi, par exemple, pour distinguer entre les pays ayant un gouvernement corrompu et ceux qui au contraire ont un gouvernement soucieux de développement mais trop fragile.
La plupart des processus de développement ne concernent que le court terme
Le développement est un processus à long terme, mais les modalités essentielles de partenariat international sont orientées vers le court terme. Surtout, pour les pays à faible revenu, les Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté, ordinairement, n’ont qu’un horizon de trois ans, ce qui fait que de nombreux facteurs limitatifs sont pris comme données, alors qu’il faudrait déterminer les moyens de les éliminer avec le temps. Dans de nombreux cas, les cycles de planification sont plus courts encore, en réalité, car ils sont dictés par les réunions annuelles des Groupes consultatifs.
L’aide technique à un changement d’échelle pour réaliser les OMD est insuffisante
La plupart des pays à faible revenu ont besoin d’un appui technique du système international pour formuler les plans d’investissement qu’appelle le changement d’échelle indispensable pour réaliser les OMD. Pourtant, les organismes internationaux qui sont les dépositaires, à l’échelle mondiale, des connaissances proprement sectorielles – par exemple la FAO et le FIDA pour l’agriculture, l’UNICEF pour la santé infantile, l’ONUDI pour le développement industriel ou l’OMS pour les systèmes de santé et la lutte contre les maladies, pour n’en citer que quelques-uns – sont habituellement invités à se cantonner au contraire dans des petits projets pilotes. De façon générale, les organismes techniques des Nations Unies sur le terrain ne sont pas préparés à aider les pays à changer l’échelle de leurs programmes nationaux.
Les organismes multilatéraux ne coordonnent pas leur aide
Les organisations multilatérales se font fréquemment concurrence pour l’obtention du financement à fournir par les gouvernements donateurs afin de réaliser des petits projets, au lieu de concourir aux plans et aux budgets d’échelle nationale. Les divers organismes, programmes et fonds des Nations Unies, ont commencé à coordonner leurs efforts grâce à la structure nouvelle du Groupe des Nations Unies pour le développement au siège et aux équipes de pays des Nations Unies au niveau des pays, mais cela est bien souvent plus un forum de dialogue qu’un moyen de coordination réel. De plus, il arrive souvent que les organismes des Nations Unies ne soient pas inclus dans les activités locales des institutions de Bretton Woods et des banques régionales de développement, qui tendent à être mieux en mesure de conseiller les gouvernements car elles fournissent les ressources les plus importantes.
L’aide au développement n’est pas conçue pour atteindre les OMD
Comme l’a récemment écrit le Directeur général du FMI, c’est bien le monde développé qui a la responsabilité la plus grande dans la réalisation des OMD (encadré 7). Les investissements publics ne peuvent être portés à l’échelle voulue sans une aide publique au développement considérablement accrue. Cela est particulièrement important dans les pays à faible revenu où les niveaux de l’aide sont généralement fixés en fonction des préférences des donateurs plutôt que des besoins des pays en développement. Alors qu’un souci de viabilité à long terme et de création durable de capacités dans les pays les plus pauvres devrait amener à soutenir le financement des dépenses récurrentes – telles que les traitements et les dépenses d’entretien – les donateurs, traditionnellement, se sont refusés à ce financement, ce qui exclut tout espoir de vraie viabilité à long terme. De même, alors que c’est souvent le manque de personnel qualifié qui est le principal goulet d’étranglement pour les pays qui s’efforcent de fournir des services sociaux de base, les donateurs se sont systématiquement abstenus d’investir dans la formation, avant l’emploi, de soignants, de maîtres et d’autres agents essentiels. En outre, les apports d’aide n’augmentent pas aussi vite que promis. Étant donné que même les engagement souscrits à Monterrey, à grand renfort de publicité, ne se sont pas pleinement matérialisés, les pays en développement se demandent légitimement si les pays développés sont bien désireux de voir les OMD réalisés.
L’allégement de la dette n’est pas calculé pour répondre aux OMD
Les objectifs d’allégement de la dette reposent sur des indicateurs arbitraires (comme les rapports endettement-exportations) plutôt que sur les besoins calculés d’après les OMD. Un grand nombre de pays pauvres très endettés (PPTE) demeurent endettés à l’égard des créanciers officiels tels que les institutions de Bretton Woods, même après l’exercice de l’allègement de la dette. Un grand nombre de pays à revenu moyen se trouvent dans une situation semblable et leur dette n’est pas du tout allégée ou l’est très peu.
Le financement du développement est de très mauvaise qualité
La qualité de l’aide bilatérale est souvent très médiocre. Trop souvent :
- L’aide bilatérale est tout à fait imprévisible.
- Elle vise l’assistance technique et l’aide d’urgence plutôt que les investissements dans la création de capacités à long terme et le soutien institutionnel.
- Elle est liée aux entrepreneurs des pays donateurs.
- Elle est soumise aux objectifs distincts des donateurs sans être coordonnée dans un plan national.
- Elle est trop souvent dirigée sur des pays mal gouvernés pour des raisons géopolitiques.
- Ses résultats ne sont presque jamais évalués ou documentés systématiquement.
Une APD de mauvaise qualité a donné naissance à l’idée fausse que l’aide ne marche pas, et cela a compromis l’appui que l’opinion publique peut donner, à long terme, à la notion d’aide au développement. Or, l’aide fonctionne, et elle facilite la croissance économique et les progrès dans certains secteurs précis, quand elle est dirigée vers des investissements réels sur le terrain dans des pays assez bien gouvernés (encadré 8). Le problème n’est pas l’aide – c’est la façon dont elle est fournie, quand, à quels pays et dans quels montants. Pour les pays à faible revenu, 24 % seulement de l’aide bilatérale peut effectivement financer des investissements réalisés sur le terrain (tableau 5). Pour l’aide multilatérale, la proportion est plus élevée, à 54 %, mais on est encore loin d’une situation idéale.
Les principales priorités des OMD sont systématiquement
oubliées
Les programmes de développement, habituellement, oublient les investissements qu’il faudrait consacrer à l’intégration régionale, à la gestion de l’environnement, au progrès technologique, à la promotion de l’égalité des sexes et même à des interventions essentielles telles que la construction d’un réseau routier, l’électricité, le logement, la lutte contre les maladies, la fertilisation des sols et la santé en matière de sexualité et de procréation.
L’incohérence des politiques suivies est générale
De nombreux pays développés ont constaté que leur politique d’aide comportait de graves incohérences. Par exemple, un gouvernement peut apporter une aide à l’agriculture dans un pays exportateur de denrées alimentaires tout en élevant des obstacles à l’accès des mêmes exportations agricoles à son propre marché. De même, un ministère des finances peut percevoir le service de la dette officielle et, ce faisant, anéantir les avantages de l’aide versée par le Ministère du développement. Des politiques non cohérentes montrent assez qu’il faut disposer d’un ensemble bien précis d’objectifs mesurables pour rendre mutuellement compatibles les politiques suivies par les pays développés.
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