Il reste encore un peu de temps, mais à peine pour se lancer vraiment dans la réalisation des OMD. Moyennant une démarche systématique et avec un horizon à 10 ans, beaucoup de pays qui sont actuellement considérés comme trop pauvres ou trop en retard pourraient pourtant atteindre les OMD. Le Projet Objectifs du Millénaire organisé par les Nations Unies recommande vivement l’adoption d’un horizon à plus long terme dans les politiques de développement international, de façon à surmonter les difficultés à court terme par une véritable augmentation d’échelle de l’action modifiée pour satisfaire les besoins fondamentaux. Mais la nécessité d’horizons à assez long terme ne doit pas se confondre avec la nécessité d’une action urgente, et ne doit pas faire oublier celle-ci. Sans une percée audacieuse dans l’année qui vient, un grand nombre des pays qui peuvent encore atteindre les OMD à l’horizon fixé verraient leurs efforts voués à l’échec.
En 2005, les grands problèmes de la coopération mondiale dans le choix des politiques doivent être résolus. Le Programme d’action des négociations commerciales de Doha doit aboutir à une vraie percée en ce qui concerne le développement. Des mesures immédiates sont nécessaires pour atténuer la gravité des problèmes environnementaux à long terme, comme le changement climatique et l’épuisement des ressources halieutiques.
Il faut également prendre rapidement des décisions précises pour accélérer la réalisation des OMD. Ce n’est qu’en agissant maintenant que l’on pourra former un nombre suffisant des médecins et des ingénieurs indispensables, accroître la capacité de fourniture des services et créer les équipements nécessaires pour atteindre les OMD. Pour amorcer une décennie de grandes ambitions nous conduisant à 2015, nous recommandons de prendre une série d’initiatives mondiales visant à une première accélération de la réalisation des OMD, de façon à traduire ceux-ci, rapidement, des ambitions aux actes. À cette fin, nous recommandons que tous ces efforts soient entraînés par le Secrétaire général de l’ONU, les contributions des différents organismes des Nations Unies étant coordonnés sous l’impulsion renforcée du Groupe des Nations Unies pour le développement.
Sélectionner les pays à réalisation accélérée des OMD
Les pays en développement très mal gouvernés ne peuvent espérer accélérer la réalisation des OMD par des programmes d’investissement découlant de ceux-ci. Mais la communauté internationale a constaté qu’un grand nombre de pays à faible revenu sont assez bien gouvernés et ont donc le potentiel voulu pour absorber des programmes d’investissement plus ambitieux. En 2005, nous recommandons à la communauté internationale d’accorder à ces pays à faible revenu bien gouvernés le statut de “pays à réalisation accélérée des OMD”, et une augmentation massive de l’aide au développement, indispensable pour mettre en oeuvre, dans ces pays, les stratégies de réduction de la pauvreté reposant sur les OMD.
Plusieurs critères préexistants pourraient être utilisés pour sélectionner ces pays (encadré 10). Parmi eux figurent les pays qui ont atteint le point d’achèvement au titre de l’Initiative PPPE (pays pauvres très endettés), ceux qui ont été retenus pour une aide par la Millenium Challenge Corporation, des États-Unis, ceux qui ont adhéré au Mécanisme d’évaluation intra-africaine du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), ou encore ceux dont l’équipe commune Banque mondiale-FMI a jugé favorablement le degré de réalisation des Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). En retenant ces critères et d’autres critères de bons résultats, on obtient une liste d’une bonne vingtaine au moins de pays à faible revenu qui ont des normes en matière de gouvernance suffisantes pour que ces pays soient placés en 2005 sur la voie rapide d’une augmentation d’échelle des investissements découlant des OMD.
C’est avec ces pays où la réalisation des OMD serait accélérée que la communauté internationale, en particulier les donateurs, devront prouver clairement leur engagement à concourir à la réalisation des OMD. Si les donateurs ne peuvent pas apporter l’aide voulue à ces pays pour atteindre les OMD, ceux-ci, en tant qu’entreprises globales, seraient en péril. De plus, le système d’aide internationale au développement doit regrouper les incitations qu’il accorde aux pays où la bonne gouvernance est moins évidente, de façon à montrer à ces pays que les bons résultats sont effectivement récompensés avec un soutien financier compatible avec les OMD.
Établir des Stratégies de réduction de la pauvreté reposant sur les OMD
Outre l’aide à apporter aux pays retenus à réalisation accélérée des OMD, nous recommandons que chaque pays en développement établisse, avant la fin de 2005, un bilan des besoins correspondant aux OMD et une stratégie de réduction de la pauvreté reposant sur les OMD. Nous recommandons en outre au Secrétaire général de demander à chaque équipe de pays de concourir à ce processus. Très souvent, le résultat sera simplement une version révisée d’une stratégie déjà existante, par exemple, au besoin, le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DRSP). Une telle stratégie devrait prévoir une augmentation des investissements au niveau du village, de la ville et de la grande métropole, un scénario de financement et une stratégie relative à la gouvernance afin d’assurer l’application du programme, la corruption étant réduite au minimum et le respect des droits de l’homme assuré.
Le pays concerné devrait prendre l’initiative et contrôler lui-même l’élaboration de la stratégie de réalisation des OMD en faisant appel aux organisations de la société civile, aux donateurs bilatéraux et aux organismes, programmes et fonds des Nations Unies; aux institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque régionale de développement. Les contributions des institutions internationales – notamment les institutions spécialisées des Nations Unies, les programmes et fonds des Nations Unies, les institutions de Bretton Woods et les banques régionales de développement – devraient être coordonnées par l’Équipe des Nations Unies dans le pays; et celle-ci devrait collaborer étroitement avec les institutions financières internationales. Au niveau du siège, le Groupe des Nations Unies pour le développement devrait coordonner les activités de tous les organismes, programmes et fonds des Nations Unies – l’Administrateur du PNUD continuant à jouer un rôle particulier de coordination.
Lancement d’un effort mondial de formation en vue des OMD
Outre l’élaboration de ces stratégies nationales, il faut lancer simultanément, en 2005, un effort mondial majeur de formation professionnelle avant l’emploi afin d’éliminer les contraintes dues aux ressources humaines qui risquent de retarder, à court terme, l’augmentation d’échelle. Les organisations internationales et les donateurs bilatéraux devraient travailler avec les pays à faible revenu à la rédaction de stratégies réfléchies et à la production de matériaux de formation qui seraient utilisés dans les villages et dans les villes. Il faudrait aussi désigner des “champions” mondiaux en vue de cette initiative, afin de définir des cibles et de confirmer les engagements internationaux en faveur de la formation et notamment, en priorité :
- Formation de spécialistes, dans les villages, de la santé publique, de la fertilisation des sols, de l’irrigation, de la remise en état des sols, de l’eau potable, de l’assainissement, de l’approvisionnement en électricité, de la réparation des véhicules à moteur, de l’entretien des routes et de la gestion des forêts.
- La formation de personnes capables de gérer la planification des investissements, la budgétisation, les systèmes informatiques, la cartographie de la pauvreté, et de réaliser des bilans des besoins sectoriels.
- La formation d’enseignants, de médecins et d’autres spécialistes qui fourniront des services d’éducation et de santé publique.
- La formation de spécialistes de l’urbanisme, des équipements et des services urbains (approvisionnement en électricité, transport, distribution d’eau, gestion des déchets, zonage industriel) ainsi que les agents de développement communautaire pour promouvoir la participation locale, l’égalité des sexes et la défense des droits des minorités.
Il est important de mettre nettement l’accent sur la formation à court terme de jeunes travailleurs, là où c’est possible, car cela comportera l’avantage supplémentaire de contribuer à les intégrer dans un marché du travail structuré. Cela les aidera aussi à acquérir les compétences indispensables pour participer au processus de développement à plus long terme.
Lancer des initiatives entraînant des gains rapides
Nous avons noté plus haut la possibilité de progrès rapides dans de nombreux domaines : scolarisation, lutte contre la paludisme, repas scolaires, fertilisation des sols pour n’en nommer que quelques-uns. Chacune de ces initiatives devrait être activement promue, et des objectifs ambitieux et précis devraient être fixés à un horizon de trois ans. Par exemple, il serait certainement possible de distribuer à chaque enfant africain habitant une région où le paludisme est endémique, une moustiquaire antipaludique gratuite d’ici à la fin de 2007. Il serait également possible de donner à chaque agriculteur de subsistance la possibilité d’appliquer des engrais pour refertiliser ses terres, ou de développer
l’agroforesterie ou des techniques voisines d’ici la fin de 2007. Nous avons recensé un grand nombre de ces gains rapides supplémentaires. Les organismes des Nations Unies compétents, aux côtés des organismes bilatéraux et des institutions
de Bretton Woods, devraient saisir l’occasion de lancer ces initiatives en 2005.
Faire participer les grands pays à revenu moyen à la réalisation des OMD dans le monde
Les pays à revenu moyen se trouvent eux-mêmes aux prises avec les difficultés de l’élimination de l’extrême pauvreté dans leurs propres territoires mais, dans le même temps, ils commencent à devenir des pays donateurs. Les plus grands de ces pays à revenu moyen souffrent encore de poches de pauvreté qu’ils doivent éliminer. Des dons pour alléger le fardeau de la dette des pays à revenu moyen très endettés pourraient contribuer à ce processus.
Mais les grands pays à revenu moyen – comme l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, la Malaisie et le Mexique – disposent déjà des connaissances spécialisées qui seraient d’intérêt direct pour les pays plus pauvres. Par exemple, la Chine devrait aider à diffuser largement en Afrique, dans les années qui viennent, ces médicaments antipaludéens à base d’artémisinine. La Chine peut également aider les pays à développer leur transport et d’autres équipements. Le Brésil peut contribuer au développement des pays africains lusophones, notamment par la formation de spécialistes parlant portugais. La Malaisie peut promouvoir une plus grande compétitivité des exportations manufacturières à base de main-d’oeuvre et renforcer les dispositifs de diffusion de conseils scientifiques. L’Afrique du Sud a récemment acquis une expérience unique en son genre de l’augmentation d’échelle rapide des équipements et des services de distribution d’eau et d’électricité dans les campagnes. Ce pays pourrait aider d’autres pays d’Afrique à mettre en oeuvre d’ambitieux plans d’équipement. De nombreux autres exemples illustrent les très vastes possibilités, à saisir en 2005, de coopération entre pays en développement. |